Homme politique palestinien, arrivé second, derrière Mahmoud Abbas, à l'élection présidentielle de l'Autorité Palestinienne (AP) en 2005, avec 20% des voix, Mustafa Barghouti fait partie de ces infatigables opposants qui permettent d'observer une réalité politique avec un œil plus critique. Se définissant comme un « activiste de la démocratie et des droits de l'Homme », il est également Secrétaire-général de l'Initiative Nationale Palestinienne (al-Mubadara al-Wataniyya al-Filistiniyya), mouvement politique se positionnant comme une alternative à l'OLP et au Hamas, dont il critique la corruption et le népotisme. C'est cet homme affable et charismatique que nous avons pu rencontrer en mars dernier, dans son bureau à Ramallah. Et quand on l'interroge sur les réalités politiques et sociales dans les Territoires Palestiniens, la réponse est franche : « Ce qu'il s'est passé en Tunisie et en Égypte est, pour nous, une source d'inspiration ». Dans ce cadre, M. Barghouti se place ainsi en supporter de la non-violence : « C'est la meilleure forme de combat. Et la plupart des Palestiniens souhaitent cette voie ». Il jette cependant rapidement un regard désabusé sur la situation de l'AP, près de vingt ans après les accords d'Oslo : « Oslo a été un processus à la fois terrible et mauvais. Mauvais car le processus enclenché n'était que temporaire et non final. L'ensemble des problèmes à résoudre ont également été découpés en tranches, avec des arrangements flous, sans réelle supervision et qui ont empêché la création d'un État national palestinien. Une des conséquences en aura été la création d'une AP ressemblant plus à une centrale de supervision au service d'Israël qu'un véritable gouvernement en exercice. Tout le budget va d'ailleurs à la sécurité, et non à l'agriculture ou à la culture ». Lorsqu'on l'interroge d'ailleurs sur son point de vue actuel quant au processus de paix, sa réponse est limpide : « Oslo n'est pas spécialement mort. Il est juste découpé en deux tendances : la tendance palestinienne, autour des droits revendiqués par les Palestiniens, qui est aujourd'hui éteinte, et la tendance israélienne, autour de ce qui est bon pour Israël, et qui, elle, existe toujours ».
Conscient de la dégradation de la confiance des Palestiniens envers leurs représentants politiques, Mustafa Barghouti plaide pour un recentrage des moyens politiques palestiniens autour de trois principes : la libération et la liberté des Palestiniens, la démocratie complète et totale et la justice sociale. Mais pour y parvenir, les deux forces politiques que sont le Hamas et le Fatah doivent parvenir à mettre un terme à leur désunion : « Il faut d'abord l'unité. Sans unité, pas d'élections. Sans élections, pas de changements. Or, on peut s'interroger sur les motivations réelles des deux mouvements pour les élections annoncées en septembre prochain. Le Hamas et le Fatah ont chacun peur de cette échéance électorale et de ce qu'il pourrait se passer. La tension est clairement présente. De plus, chacun des deux mouvements contrôle et monopolise les médias, ce qui empêche aux autres partis de pouvoir réellement exister. Les manifestations du 15 mars, qui sont une initiative de Palestiniens souhaitant la fin de cette désunion, sont un pas important dans ces aspirations. Cependant, ces manifestations ne changeront pas grand chose, le Fatah et le Hamas continuant de reprendre pour eux toute initiative. »
C'est en ce sens qu'il insiste sur l'inspiration que représentent les révoltes arabes : « La population est mécontente de la division et de la corruption. Mais faire tomber un gouvernement en place ne servirait à rien. Il faut une véritable révolution à l'intérieur du système. Il faut changer les mentalités, notamment à l'intérieur d'une administration phagocytée soit par le Fatah, soit par le Hamas. Ce n'est que de cette manière qu'il sera possible de mettre en place un système démocratique complet, reposant également sur les droits économiques et sociaux. L'AP en est encore très loin aujourd'hui. Le Hamas et le Fatah ont ainsi souvent modifié les règles électorales à leurs avantages, et comme chacun des deux mouvements contrôle sa propre administration, à Gaza ou en Cisjordanie, il est difficile de parvenir à bousculer l'état des choses. Comment changer dès lors les mentalités ? En permettant de modifier en profondeur le système, en luttant contre les peurs. Mais aussi en interrogeant les partenaires étrangers. Le soutien occidental a permis au Fatah de rester au pouvoir malgré sa défaite aux élections. Or, l'Occident ne pose aujourd'hui aucune question à l'AP sur le suivi des dépenses et sur la manière dont l'argent, avancé par l'Union Européenne, est dépensé en Palestine. Il est temps aujourd'hui de se poser ces questions de bonne gouvernance. »
Enfin, M. Barghouti insiste sur le rôle que doit jouer la jeunesse dans ces changements en cours : « Ce sont les jeunes qui composent la Palestine d'aujourd'hui. C'est avec eux que doit se créer l'avenir. L'éducation doit devenir la principale considération de l'AP, en mettant en place des fonds pour les étudiants mais aussi en réformant le système d'éducation actuel, qui doit devenir plus transparent et se doter d'une plus grande liberté d'accès. Enfin, il est essentiel que les partis eux-mêmes s'ouvrent à la jeunesse, et se renouvellent de cette manière. C'est aussi cela l'enseignement des révoltes actuelles dans la région ».




