dimanche 20 février 2011

Asghar Farhadi, Jafar Panahi et le cinéma iranien

C'est donc Asghar Farhadi, réalisateur iranien du film "Une séparation", qui se sera vu remettre l'Ours d'Or du festival  du film de Berlin. Cette distinction, en plus de se  faire dans un climat politique incertain, marqué par les manifestations en cours en Iran, témoigne de la force et de la vitalité du cinéma iranien, et de son combat pour la liberté d'expression.

Le cinéma a depuis toujours été un grand vecteur de liberté, à travers des films dénonçant l'obscurantisme et le totalitarisme (le Dictateur de Chaplin en est l'exemple le plus utilisé), mais également en jouant, à l'intérieur des dictatures, sur les failles de la censure pour parvenir à exprimer et à rapporter. C'est ce qu'il se passe aujourd'hui en Iran, avec des réalisateurs tels que Asghar Farhadi mais également Jafar Panahi, Rafi Pitts, Bahman Ghobadi, Abbas Kiarostami et Samira Makhmalbaf, entre autres. The Hunter, À propos d'Elly, Les Chats persans,... témoignent du besoin de s'exprimer face à un couvercle politique oppresseur qui ne permet en aucune façon d'émettre des critiques envers le système au pouvoir. Et c'est en circulant à travers le double langage que le cinéma iranien parvient à dénoncer et à démontrer de sa vitalité et de la force d'expression de ses auteurs. Ces cinéastes sont d'ailleurs en première ligne des poursuites et des condamnations émises par le régime en place. Jafar Panahi, déjà incarcéré pendant plus de trois mois en 2010, a ainsi été condamné le 29 décembre 2010, en compagnie de Mohammad Rasoulof, à 6 ans de prison, ainsi qu'à une interdiction de tourner des films pendant vingt ans. Tandis que d'autres réalisateurs plus chanceux sont soit contraints à l'exil, soit voient leur film interdit d'écran.

En tentant de condamner au silence des personnalités comme celle de Panahi, le régime iranien cherche à noyauter un des mouvements d'expression qui, avec les jeunes et les femmes, constitue un des moteurs des changements de mentalités en Iran. Autour des deux autres mouvements qui se mobilisent pour transformer la société, les cinéastes iraniens s'investissent en effet pour une société iranienne plus ouverte, remettant en cause l'islam politique et le fonctionnement de l'État tel que défendu par les conservateurs. Au même titre que les manifestations demandant la fin de la dictature en Iran, le cinéma iranien fait partie des symboles de l'esprit démocratique qui tend à s'y exprimer aujourd'hui.

Rafi Pitts ne s'y est d'ailleurs pas trompé, en demandant des comptes au président iranien Mahmoud Ahmadinejad , dans une lettre ouverte envoyée en décembre dernier: « [Panahi et Rasoulof] tous deux punis de s’être intéressés à leurs compatriotes. Punis d’avoir voulu comprendre les événements de juin 2009. Punis de s’être préoccupés des vies perdues dans les conflits issus des élections.

- Y-a-t-il un problème à vouloir comprendre pourquoi des gens sont morts lors de nos dernières élections?
- Pensez-vous que le pays ignore les violences provoquées par les résultats de ces élections ?
- Est-ce un crime que Jafar Panahi veuille faire un autre film ?
- Est-ce un crime que Mohammad Rasoulof veuille questionner la réalité ?
- Est-ce parce que les cinéastes veulent tendre un miroir pour questionner la société ?
- Avez-vous peur d’un point de vue qui contredirait le vôtre ?
Dans ce cas, répondez à la question: “Pourquoi avons-nous eu une révolution?” »

Tourner librement aujourd'hui en Iran est donc un acte de résistance et de manifestation. C'est aussi un symbole à ne pas oublier en achetant son ticket à l'entrée de son cinéma favori.

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