samedi 12 février 2011

De la transition politique à la transition démocratique


La démission d'Hosni Mubarak de la présidence de l'Égypte et les manifestations en cours en Algérie et au Yémen, un mois après la chute de Ben Ali le prouvent: l'ensemble du monde arabe vit en ces derniers jours un des plus grands basculement politique de son histoire. Depuis le début de l'année 2011, jamais en aussi peu de temps, sur un espace aussi large et avec une telle intensité, la région ne s'était révoltée contre ce qui était désigné comme « l'ordre établi ». Le concept de « culturalisme arabe » ayant prôné une exception des peuples de la région à vivre sous un régime démocratique vole enfin en morceaux, témoignant de l'universalité des droits de l'Homme et du bien-fondé de ses principes. Essentiellement cantonnée jusqu'à ces derniers mois dans un rôle négatif, pro-islamiste, anti-israélien et anti-occidental, la « rue arabe » vient de montrer à l'Occident et au monde qu'elle n'était nullement le jouet de régimes autoritaires et répressifs, mais bien le lieu où peuvent s'exprimer les revendications à l'émancipation et à la liberté.

La transition politique est aujourd'hui en cours dans une région dont le leitmotiv institutionnel depuis plusieurs décennies était celui de la « stabilité ». Mais cette transition politique n'est pas encore complètement celle de la transition démocratique. Beaucoup d'exemples par le passé ont montré que les soulèvements populaires ne permettent pas directement à un régime répressif de se voir remplacer par une véritable démocratie. La Russie, la Géorgie, la Serbie, mais aussi le Pakistan et l'Iran n'ont pas su convertir l'essai en système réellement représentatif des aspirations de ses peuples et minorités. La construction d'une démocratie demande, bien évidemment, la fin d'un régime oppressif et policier, de même que l'ouverture aux partis politiques pluralistes, la réforme électorale garante de cette participation et l'indépendance du système judiciaire censé contrôler les abus. Mais la construction démocratique demande également la reconnaissance internationale du bien-fondé de ces libérations, et la fin des diplomaties à deux niveaux cherchant à récupérer les verres brisés des révolutions.

C'est aujourd'hui face à ces défis que les pays du monde arabe vont devoir se confronter. Mais c'est aussi à ces aspirations que les pays Occidentaux devront répondre. L'Europe pourrait y trouver enfin la voie royale aux questionnements et à ses doutes existentiels. En se posant comme la garante des principes de libertés et d'égalité, en soutenant le processus d'ouverture en cours et en facilitant les aides sociales et économiques qui permettront aux nouveaux élus de ne pas subir le poids des erreurs du passé, l'Europe non seulement ferait acte de contrition pour ses erreurs du passé mais redonnerait également enfin du sens à son propre rôle. Les dispositions légales sont déjà présentes, à travers les principes posés dans le "dialogue méditerranéen". Il n'y manque plus que la volonté politique.

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