L'escalade de ces derniers jours en Israël et dans la bande de Gaza, ayant vu le tir de plusieurs roquettes à partir de la bande de Gaza, ainsi que le premier attentat depuis 2004 au cœur même de Jérusalem, relance les supputations quant à nouveau conflit armé entre le Hamas, retranché dans la bande de Gaza, et le gouvernement de Netanyahou-Lieberman. Les menaces d'intervention se font de plus en plus fortes du côté du gouvernement israélien, tandis que l'autorité en place à Gaza souhaite montrer qu'elle reste active et omniprésente dans la lutte pour les droits des palestiniens. Pour la plupart des analystes, ces évènements n'arrivent pas au hasard. Malmené pour sa position de plus en plus proche de la droite extrême, le gouvernement israélien chercherait à détourner l'attention et à rassembler son opinion dans la lutte « contre la terreur », tandis que le Hamas trouverait, dans le combat contre « l'ennemi héréditaire », une voie de sortie à la crise politique que traversent actuellement les deux Palestine, autour de la rupture entre le Fatah et le Hamas.
Le cocktail devient beaucoup plus dangereux en prenant en compte les évènements actuels en Syrie et au Liban. Le pouvoir de Bachar el-Assad est, en effet, confronté à une vague de protestations sans pareil depuis la révolte de la ville de Hama en 1982, et qui s'était soldée par une répression féroce. Presque 30 ans plus tard, c'est à Deraa que se concentrent les manifestations, où au moins 15 personnes ont été tuées hier, au sixième jour d'une contestation sans précédent. Quant au Liban, ce dernier connaît également de profonds troubles depuis plusieurs mois, suite au blocage politique exercé par le Hezbollah, redoutant une mise en cause de ses représentants dans l'assassinat de Rafic Hariri en 2005.
La question peut se poser dès lors de l'implicite consensus que représenterait un conflit armé éclatant entre ces différents protagonistes. L'adjonction des révoltes en cours dans tout le monde arabe depuis le début de l'année fait craindre aux pouvoirs en place de connaître le même sort que Ben Ali et Moubarak. La proclamation des états d'urgence qui suivrait une éventuelle guerre contre l'État israélien permettrait de bloquer toute nouvelle contestation populaire, et d'empêcher la chute des dominos politiques que représentent les pions palestinien, libanais et syrien. De même, face à une déstabilisation de sa position géopolitique, et des conséquences survenant à moyen terme sur sa politique étrangère, le pouvoir en place en Israël pourrait avoir la tentation de se lancer dans une ultime offensive contre ses ennemis traditionnels, avec pour but de se protéger durablement une dernière fois avant que les nouveaux régimes arabes ne se ressoudent autour du conflit israélo-palestinien. La probabilité pourrait être alors grande, pour chaque acteur, se lancer dans des provocations en cascade, destinées à engager ce conflit armé.
Il est encore trop tôt pour clairement conclure que cette éventualité arrivera prochainement entre Israël, la Palestine, le Liban et la Syrie. Mais, à moins d'une forte intervention de la communauté internationale dans ce conflit latent, sa probabilité n'ira qu'en s'accroissant.
photo: les restes d'une roquette Kassam, près de Ashdod

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