La catastrophe nucléaire nippone consécutive au tremblement de terre et au tsunami de vendredi dernier font peser de nombreuses questions sur l'avenir du nucléaire et de ses dangers. Cette question est aussi à l'ordre du jour au Moyen-Orient et au Maghreb, dont plusieurs États se sont lancés, ces dernières années, dans le développement de leurs potentialités nucléaires.
Pour le moment, seuls deux États de la région, Israël et l'Iran, disposent de centrales nucléaires en état ou proche d'un état de fonctionnement. Mais ils risquent, à moyen terme, de ne plus être seuls à détenir ce monopole: plusieurs autres pays ont manifesté leur volonté d'acquérir également leurs propres centrales. Jordanie, Émirats Arabes Unis, Égypte, Turquie, ... ont mis en place plusieurs plans de développement, parfois très ambitieux. La société française AREVA avait ainsi révélé, dans une étude interne en 2008, que la construction de pas moins de 26 centrales étaient projetées, dont 4 d'entre elles semblaient concrètes à court terme.
Les centrales nucléaires ne sont cependant pas tout. Car au-delà de ces centrales génératrices d'électricité, plusieurs réacteurs de recherche existent déjà dans l'ensemble de la région, du Maroc à l'Iran. Le parc nucléaire actuel s'articule autour d'au moins huit réacteurs nucléaires, présents en Algérie, en Égypte, en Libye, au Maroc, en Syrie, en Turquie, en Iran et en Israël.
Les pays Occidentaux contribuent largement à ces politiques de développement de capacités civiles, essentiellement autour des États-Unis, de la Chine, de la Russie et surtout de la France qui, depuis le début de la présidence de Nicolas Sarkozy, s'est fait le héraut de l'énergie nucléaire et de sa promotion dans les pays arabes, autour d'un partenariat avec AREVA. La Russie, elle, s'est surtout investie dans le soutien apporté au développement des capacités nucléaires civiles en Iran. Ailleurs, plusieurs centrales étaient projetées en Tunisie, en Libye et en Égypte avant les révoltes de ces dernières semaines. De même, la Jordanie et plusieurs pays du Golfe Persique ont planifié la construction de centrales génératrices d'électricité, invoquant les pénuries énergétiques à venir dans le cadre de l'après-pétrole.
Guère de danger à l'heure actuelle donc? Probablement. Néanmoins, la promotion active de l'énergie nucléaire menée ces dernières années par les Occidentaux devrait inciter à la prudence. Tout comme le commerce des armes, le nucléaire ne fait pas partie de ces domaines de business as usual. C'est le cas actuellement dans le cadre de la lutte contre la prolifération et le détournement en vue de se doter d'armes nucléaires, sévèrement encadrés par plusieurs conventions internationales, dont le fameux Traité de Non Prolifération (TNP). Le lieu ne s'y prête néanmoins guère encore concernant les questions environnementales. Le site proposé pour la construction de la centrale jordanienne, près du golfe d’Aqaba, présente ainsi des risques quant à l’écosystème local. De même, l'Iran, qui vient d'achever la construction de la centrale de Bushehr, n'est guère à l'abri de risques sismiques importants, l'exemple du tremblement de terre de Bam en 2003, évalué à 6,5 sur l'échelle de Richter étant là pour le rappeler.
Au-delà du droit au développement du nucléaire civil, tel qu'autorisé dans le cadre du Traité de Non Prolifération, la question de l'impact environnemental et des dangers liés aux accidents nucléaires devra se poser dans les nouvelles politiques d'exportation des capacités nucléaires occidentales. Après l'accident nucléaire que connaît aujourd'hui le Japon, à Fukushima, il conviendra, à l'avenir, de se poser la question de l'éthique du nucléaire également à travers le prisme de l'environnement et des risques encourus dans ce domaine. Le Moyen-Orient et le Maghreb, considérés il y a peu comme l'eldorado du nucléaire du futur, ne devront pas y échapper.
Photo: vue de la centrale nucléaire de Bushehr, en Iran

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